Panique, angoisse, spasmophilie: prenez le temps de prendre soin de vous et de vous aimer

Paru dans L'Obs

De plus en plus souvent, vous entendez des termes comme "crises de panique", "crises de spasmophilie". Ces mots sont associés à des impressions comme une "angoisse morbide", une peur de mort imminente, une impression de devenir fou, de commettre un acte irréparable. Ce genre de "crises" arrive au moment où tout semble normal, tout semble paisible. De façon très brutale, le sujet commence à se sentir étrange, inquiet, les battements de son cœur s’accélèrent, des picotements se font ressentir dans le bout de ses doigts, des bouffées de chaleur traversent son dos et son thorax, sa gorge semble se rétrécir et lui donne l’impression qu’il va manquer d’air.

 

Une fois au calme, dans mon cabinet, mes patients m’expliquent que cela a duré relativement peu de temps, du moins concernant le pic de la crise. Cependant la crise d’angoisse, elle, a été beaucoup plus présente, persistant dans le temps. Lorsque je vois des patients en pleine crise de panique, un temps très court leur semble durer une éternité, en particulier quand ils se mettent mécaniquement en apnée, ils ressentent invariablement une forme de longue agonie, même si celle-ci n’est pas réelle.

 

Des signaux réels sans réalité

 

Pour bien comprendre ce qu’il se passe, il faut préciser que le corps se met en alerte lorsque la crise se fait jour. Lors d’une situation stressante ou potentiellement dangereuse – trac, affrontement etc. –, le cerveau donne au corps des informations qui le prépare à affronter le danger imminent. Tous les signaux d’alerte envoyés au cerveau sont réels, même s’ils ne correspondent pas à la réalité de la situation. C’est l’histoire de l’homme assoiffé dans le désert qui décrit une oasis qui n’existe pas, mais qui pourtant l’aperçoit au loin…

 

Lors de ces crises, mes patients me demandent d’appeler les pompiers parce qu’ils ont l’impression de faire une crise cardiaque ou un infarctus du myocarde. Je leur demande de se calmer, leur apprends à respirer, selon une technique déjà connue, ainsi nous évitons les pompiers, le Samu et toute intervention extérieure. Ce qui leur est arrivé quelques jours auparavant ou sur le moment – parfois même de façon répétée – s’arrête très rapidement. La suggestion et le fait de contenir leur angoisse me permet de les calmer et de les aider à se décharger de ce stress qu’ils gardent au fond d’eux.

 

Ils découvrent alors qu’ils ne sont plus " passifs " face aux événements extérieurs qui génèrent leur crise, mais des " actifs " maitrisant, de l’intérieur, ce qu’il se passe dans la réalité. On diagnostique une crise de panique selon les critères suivants : des tremblements excessifs, un besoin de bouger sans cesse, des palpitations, le souffle coupé, une douleur thoracique, une envie de vomir ou une sensation d’écœurement, des vertiges, un sentiment d’instabilité…

 

D’où peut provenir une telle peur ?

 

Les raisons qui amènent à ce type de crises sont d’abord un surmenage, une pression importante. Il s’agit souvent de sujets phobiques ayant des antécédents familiaux, des parents déjà très anxieux qui ont inquiétés le sujet dès son plus jeune âge en lui répétant que tout était toujours extrêmement dangereux, créant ainsi un climat anxiogène – les parents reportant leurs propres angoisses, leurs peurs.

 

D’autres raisons peuvent être à l’origine de ces crises. Certains sujets ont fumé de la résine de cannabis, ont pris diverses substances comme le LSD, la Cocaïne, ou des champignons hallucinogènes, faisant " découvrir " à l’organisme des mécanismes jusque-là méconnus.

 

Il est suggéré de nos jours qu’un dérèglement fonctionnel peut également être à l’origine de ces crises. Le rôle joué par la sérotonine est mis parfois en avant lorsqu’aucune des causes évoquées plus haut ne semblent en être la raison. On parle alors d’un dérèglement possible du taux de sérotonine : certains médecins choisissent de faire un certain nombre de prescriptions afin de tenter de réguler ce taux. Cette hypothèse concernant le rôle de la sérotonine n’a pas encore été prouvée à ce jour.

 

Il ne faut pas négliger l’accumulation de petits tracas qui s’accumulent à l’image de la neige qui s’entasse sur une montagne.

 

Il est encore difficile de se prononcer sur les facteurs héréditaires liés à ces crises, cependant un mimétisme enfant-parents, frères-sœurs peut être à l’origine des troubles, il ne faut pas oublier de questionner le patient sur son enfance, son adolescence, tous les moments vécus en famille qui l’auraient amené à développer des symptômes analogues.

 

Comment réagir ?

La première crise est la pire car le sujet découvre ce qu’il n’imaginait même pas. Pour autant les crises suivantes ne sont pas moins fortes et il ne se développe pas une forme d’" habitude " chez le patient, même s’il s’agit d’une répétition de symptômes déjà éprouvés. Si certains intériorisent le fait qu’il faille supporter les symptômes, que cela passera avec le temps, d’autres se disent que la dernière fois ils ont eu de la chance et que la nouvelle crise leur sera fatale.

 

Afin de bien réagir face à ces crises, il faut tout d’abord maitriser sa respiration. Il est difficile pour des non professionnels de donner des conseils en ce sens car le sujet ne pourra pas les accepter, il se sentira jugé, regardé et parfois humilié par son absence de contrôle sur lui-même. Il convient donc au patient d’apprendre à se relaxer, comme cela se fait pendant une séance de yoga, de taï chi, de méditation.

 

Il faut se parler, se rassurer, rationaliser la situation, penser à des images apaisantes, à ses proches, anticiper sur les choses agréables à venir et surtout ne pas se demander quel sera le regard de l’autre et ce qu’il pourra penser de vous.

Comment aider ?

 

Lors de sa première crise, le sujet en pleine attaque ne comprend pas ce qui lui arrive, il est persuadé d’être en train de mourir, il lui est donc parfois difficile de communiquer. C’est aux autres, ceux qui peuvent connaître le déroulé d’une crise de panique de faire comprendre à la personne anxieuse ce qui lui arrive.

 

Il faut replacer l’anxieux dans l’espace-temps, lui énumérer ses nombreuses qualités, son contexte de vie, lui rappeler que vous êtes là pour lui, qu’il n’a rien à craindre, que vous le comprenez, que vous avez peut-être déjà vécu une situation identique. Même si vous êtes très impressionné et inquiet pour lui, ne le montrez surtout pas car la panique s’ajoute à la panique

 

Le temps de la guérison

 

Ce qui alimente le mécanisme des phobies, de l’angoisse et des crises de panique c’est l’inquiétude, l’attente, la peur d’avoir peur, la peur d’avoir une crise. Cette crispation qui trouve sa source dans l’appréhension déclenche cette crise. Adoptez toutes formes de relaxation ou de moyen de réguler votre hygiène de vie. Couchez-vous de bonne heure, évitez les substances excitantes, consommez des repas équilibrés, évitez l’alcool, n’abusez pas du café. Il faudra penser à entamer une psychanalyse et/ou une thérapie comportementale et cognitive (TCC).

 

Prenez le temps de prendre soin de vous, de guérir et de vous aimer.

 



Rodolphe Oppenheimer

Psychanalyste
Membre associé de l’Institut National de Psychanalyse
Adolescents et Adultes

8 Place des Martyrs
92110 Clichy

Tel: 07 52 03 82 01

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