L’aviophobie, la plaie des vacances

L’aviophobie, la plaie des vacances

Les vacances sont synonymes de voyages, de repos, de découvertes et de détente. Cette période de l’année, que beaucoup attendent, est pour certains le reflet de leur pire cauchemar. Le rêve d’évasion que procurent les aéroports peut s’avérer être un rêve inatteignable pour tous ceux qui souffrent d’aviophobie.

Qu’est-ce qu’une phobie ?

Phobos est l’incarnation de la peur, il suivait son père, Arès, dieu de la Guerre sur les champs de batailles. La phobie est une peur démesurée à la vue d’un objet ou d’une situation particulière. Les phobies sont nombreuses et certaines sont plus connues que d’autres. Parmi elles, l’agoraphobie et la claustrophobie. L’aviophobie l’est moins, bien qu’elle touche un bon nombre de personnes. Il s’agit de la phobie des avions ou des voyages en avion.

La particularité de la phobie est qu’elle contraint celui ou celle qui en souffre à ne pas faire ce qu’il/elle voudrait, à ne pas accéder à ses désirs. Elle peut également se transmettre par l’anxiété qu’elle suscite dans l’entourage du patient. Ainsi, l’aviophobie déclenche des symptômes que l’individu ne contrôle pas : peur de mourir, sensation de folie passagère, sensation d’étouffement, etc. Ces symptômes irrationnels ont néanmoins une logique pour celui ou celle qui en est victime. Si l’avion devient l’objet de l’angoisse, il suffit de ne plus prendre ce moyen de transport afin d’éviter la mort. Cette logique liée à l’aviophobie se combine très souvent aux deux autres phobies sus-citées devenant ainsi une souffrance pour quiconque en est atteint.

Pourquoi cette crainte ?

Dix pour cent de la population évite ce moyen de transport. Statistiquement, il s’agit pourtant du moyen de transport le plus sûr au monde. Cependant l’idée même de prendre l’avion permet au psychisme de tout imaginer, il est vecteur de fantasmes des plus désagréables. Initialement, la peur sert à nous prévenir d’un risque possible et sollicite toute notre attention face à un hypothétique danger. Dans un avion, nous avons peu de repères, cela peut laisser place à une palette d’expressions somatiques. Le corps exprime la phobie. De plus, la peur de l’avion regroupe trois grandes classes de phobies : l’aviophobie, la claustrophobie et l’agoraphobie.

Les phobies privent trop souvent l’individu qui en souffre de certains passages, caps nécessaires à l’existence. Beaucoup de situations réveillent ces phobies et leurs insoutenables symptômes (peur de mourir, peur de devenir fou, peur de commettre un acte insensé et irréparable, peur d’étouffer, etc.). L’angoisse a besoin de se fixer sur quelque chose. Dans le cas qui nous occupe ici, l’angoisse se dit « Pourquoi pas l’avion ? ». Il existe une logique dans cette phobie : éviter l’avion, c’est éviter de prendre un risque, éviter de vivre ce risque c’est imaginer que l’on évitera de mourir. Cela ne représente pas une réalité.

Choisir n’est plus synonyme de renoncement : la réalité virtuelle devient la perspective d’une liberté retrouvée pour les phobiques.

Fort heureusement pour les personnes en souffrance, tout n’est pas perdu. Entre psychanalyse, thérapies comportementales et cognitives (TCC), la guérison de cette phobie et de celles qui y sont associées peut être envisagée grâce à la réalité virtuelle.

Il est difficile de demander à un professionnel d’accompagner le patient dans l’avion afin de faire ses exercices. Les TCC désensibilisent de la peur. Le professionnel refait vivre la crainte doucement, graduellement. Une fois immergé dans cette réalité virtuelle, le patient est invité à aller à son rythme tout en étant accompagné par son thérapeute : le patient ainsi peut s’exprimer, écouter, discerner ce qu’il se passe. Nous faisons toujours en sorte que le patient ne soit pas dans la panique, mais dans l’analytique.

Les professionnels utilisent de plus en plus de méthodes pour mettre les patients en immersion afin de traiter les différentes phobies et notamment celle de l’avion. Il s’agit de reconditionner les schémas cognitifs pour rappeler au cerveau que l’avion est le moyen de voyager le plus sûr au monde.

Une véritable révolution qui fait peur à la phobie elle-même !

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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