L’aviophobie, la plaie des vacances

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Les vacances sont synonymes de voyages, de repos, de détente. Cette période de l’année, que beaucoup attendent, est pour certains le reflet de leur pire cauchemar. Le rêve d’évasion que procurent les aéroports peut s’avérer être un rêve inatteignable pour tous ceux qui souffrent d’ aviophobie.

 

Qu’est-ce qu’une phobie ?

Phobos est l’incarnation de la peur, il suivait son père sur les champs de batailles. La peur panique qu’il déclenchât à leur simple vue traduit ce que ressent une personne lorsqu’elle est confrontée à l’objet de sa peur. Les phobies sont nombreuses et certaines sont plus connues que d’autres, parmi elles, l’agoraphobie et la claustrophobie. En revanche l’aviophobie l’est moins alors qu’elle touche bon nombre de ceux qui, eux aussi, rêveraient de découvrir les belles plages de sable fin.

La particularité de la phobie est qu’elle est souvent responsable d’un « empêchement » de vivre parce qu’elle contraint celui ou celle qui en souffre à ne pas faire ce qu’il/elle voudrait, à ne pas accéder à ses désirs. Elle peut également se « transmettre » par l’anxiété qu’elle dégage dans l’entourage du patient. Ainsi, l’aviophobie déclenche des symptômes que l’individu ne contrôle pas : peur de mourir, sensation de folie passagère, sensation d’étouffement etc. Ces symptômes irrationnels ont pourtant une logique pour celui ou celle qui en est victime.

Si l’avion devient l’objet de l’angoisse morbide, un cercueil volant, il suffit de ne plus « vivre » ce risque pour que la mort ne soit pas. Cette logique liée à l’aviophobie se combine très souvent aux deux autres phobies sus-citées devenant ainsi un enfer pour quiconque en souffrirait.

Une autre phobie de l’avion

Dans la conscience collective comme dans l’inconscient collectif, l’avion a trois représentations : il y a ceux qui voient en lui un moyen de s’échapper vers les plages du monde entier, ceux qui le considèrent comme un moyen pour aller d’un lieu à un autre et ceux qui l’intègrent comme un cercueil « aérien » pouvant les priver d’air, de liberté, les conduire vers une mort certaine.

 

Pourquoi cette crainte ? 

La saison estivale promet du temps, des vacances, du soleil, du repos. Les phobiques de l’avion n’attendent pas l’embarquement pour se torturer, bien au contraire, au moment où ils planifient l’idée de prendre des vacances, ils commencent à se demander s’ils doivent prendre l’avion ! S’ils réussissent à se raisonner, ils n’oublient pas pour autant la crainte que cet exercice leur inspire. Dix pour cent de la population évite ce moyen de transport. Statistiquement, il s’agit pourtant du moyen de transport le plus sûr au monde. Cependant l’idée même de prendre l’avion permet au psychisme de tout imaginer, il est vecteur de fantasmes des plus désagréables. Lors d’un accident d’avion, l’aspect spectaculaire de l’évènement, et les images de fracas conjuguées à celles de la détresse des proches constituent à chaque fois un immense traumatisme pour les téléspectateurs. On évoque ensuite les boites noires, les possibilités de causes de l’accident. Cette course à l’information est anxiogène pour toute personne sujette à cette phobie.

Initialement la peur sert à nous prévenir d’un risque possible, elle sollicite toute notre attention face à un hypothétique danger. Dans le cas d’un avion, nous avons peu de repères. Lors d’un vol, il nous est difficile de savoir quel bruit correspond à quoi, quelles sont les raisons d’un trou d’air, notre corps ressent toutes les variations de ce moyen de ce transport inhabituel. A chaque instant, un détail peut faire croire à tout phobique que sa dernière heure est arrivée.

« Si dieu avait voulu que l’homme vole, il lui aurait donné des ailes ! » se répètent les plus anxieux. Ils souffrent de ne pas pouvoir fuir ce lieu confiné contrairement à une voiture avec laquelle il est possible de s’arrêter, de faire demi-tour. L’avion est un choix binaire : on y monte ou pas ! Dès que l’on prend place, et qu’il décolle, il est impossible de demander au pilote d’atterrir.

La peur n’est alors plus liée à des éléments réels, la peur de l’avion regroupe trois grandes classes de phobies : l’aviophobie, la claustrophobie et l’agoraphobie. Un cocktail subtil, un mélange peu savoureux pour ceux qui ont le malheur de le goûter. Dans ce cadre, toutes explications logiques n’accrochent plus la rationalité. La peur, la terreur peuvent atteindre leur paroxysme. Le rationnel ne trouve plus sa place face aux symptômes ressentis. La victime involontaire de ces symptômes perd momentanément une partie de son identité, elle redevient un petit enfant seul et en danger.

Souvent des parents anxieux transmettent cette anxiété à leurs enfants en les surprotégeant. L’enfant croit comprendre que tout ce qui l’éloigne de Papa-Maman est source de danger. Les phobies privent trop souvent l’individu qui en souffre de certains passages, de certains caps nécessaires à l’existence. Beaucoup de situations réveillent ces phobies et leurs insoutenables symptômes (peur de mourir, peur de devenir fou, peur de commettre un acte insensé et irréparable, peur d’étouffer etc.). L’angoisse a besoin de se fixer sur quelque chose. Dans le cas qui nous occupe ici, l’angoisse se dit « Pourquoi pas l’avion ? ».

Il existe une logique phobique : éviter l’avion c’est éviter de vivre un « risque », éviter de vivre ce risque c’est imaginer que l’on évitera de mourir. C’est imparable, mais cela ne représente pas une réalité.

Choisir n’est plus synonyme de renoncement : la réalité virtuelle devient la perspective d’une liberté retrouvée pour les phobiques.

Fort heureusement pour les personnes en souffrance, tout n’est pas perdu. Entre psychanalyse, thérapies comportementales et cognitives (TCC), la guérison de cette phobie et de celles qui y sont associées peut être envisagée grâce à la réalité virtuelle.

Il était difficile de demander à un professionnel d’accompagner le patient dans l’avion afin de faire ses exercices. Les TCC désensibilisent le phobique de sa peur. Le professionnel lui fait vivre sa crainte doucement, graduellement. Une fois immergé dans cette réalité virtuelle, nous pouvons inviter le patient à aller à son rythme. Nous sommes à ses côtés lors des séances : il peut s’exprimer, écouter, discerner ce qu’il se passe. Nous faisons toujours en sorte que le patient ne soit pas dans la panique, mais dans l’analytique.

Les professionnels utilisent de plus en plus des méthodes pour mettre les patients en immersion pour traiter les différentes phobies et notamment celle de l’avion. Le patient peut à nouveau contempler l’aéroport, revoir ce qu’il cherchait à fuir, monter ou pas dans l’avion. Il s’agit de reconditionner les schémas cognitifs afin de rappeler au cerveau que l’avion est le moyen de voyager le plus sûr au monde.

Une véritable révolution qui fait peur à la phobie elle-même !

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