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Hypégiaphobie

Qu’est-ce que l’hypégiaphobie ?

L’étymologie du terme vient des mots grecs « hypenguos », qui signifie « responsable », et « phobos», qui signifie « peur ». Il renvoie donc à une peur des responsabilités, qu’elles soient d’ordre professionnel ou personnel ; une personne atteinte d’hypégiaphobie aura en effet tendance à fuir la moindre tâche qui lui sera confiée, de la plus prosaïque, comme une course à faire, à la plus cruciale.

L’hypégiaphobe cherchera par tous les moyens à se soustraire à la moindre attente qu’on pourrait formuler à son endroit. La stratégie d’évitement amène effectivement la personne affectée à fuir toute forme de responsabilité, par peur d’échouer ou dans certains cas parce qu’elle préfèrerait ne pas avoir à s’encombrer d’une tâche qui alourdirait son quotidien. Mais c’est généralement la première cause qui est observée, l’hypégiaphobe craignant d’assumer la moindre responsabilité qu’on pourrait lui donner : il manifeste ainsi des signes de stress et d’angoisse, au point de se retrouver prostré quand la tâche qu’on lui avait confiée était parfaitement à sa portée.

Pourquoi est-ce qu’une personne a peur des responsabilités ?

Assumer une responsabilité nous demande de gérer des éléments ou des tâches du début à leur fin, et d’en assumer les conséquences, ainsi que les jugements que peut susciter notre performance, notamment au regard de la personne qui nous a sollicités. C’est souvent la peur de l’échec qui fait fuir l’hypégiaphobe, mais cette phobie peut également faire suite à un échec qui aura traumatisé une personne à un moment de sa vie. Si on prend un exemple assez extrême, on peut mentionner celui de parents qui confient à l’aîné de leurs enfants la tâche de veiller, durant une soirée, sur ses frères et sœurs. L’un des membres de la fratrie alors tombe malade, et l’aîné, qui ne pouvait rien y faire, doit attendre l’arrivée des parents pour que ces derniers emmènent l’enfant à l’hôpital. Cette incapacité créera un traumatisme chez cet enfant, qui assimilera la maladie de son frère à un échec de sa part alors qu’il n’avait pas les capacités nécessaires pour répondre à la situation.

Le traumatisme fera apparaître plus tard certains symptômes, de l’ordre de l’angoisse. On peut noter les signes suivants : palpitations et accélération du rythme cardiaque, sueurs froides, nausées, évanouissements, voire perte de contrôle de soi.

Comment arrêter de craindre les responsabilités ?

Pour affronter ses craintes, la personne atteinte d’hypégiaphobie devra envisager des séances de thérapie. À défaut, elle risquerait de ne pas réussir à s’épanouir dans notre société, où la prise de responsabilité est un impératif, qu’il s’agisse d’évoluer dans sa vie privée ou dans sa vie socio-professionnelle. L’approche la plus recommandée est la TCC (thérapie cognitive et comportementale) qui l’aidera à rationaliser les éléments qui causent ses troubles anxieux.

Dans un premier temps, elle tentera avec l’aide d’un psychothérapeute de déterminer les origines de la phobie, afin d’y remédier progressivement. Par la suite, elle apprendra à isoler ses peurs, et les hiérarchiser selon différents niveaux, qu’il s’agira alors pour elle de franchir, étape par étape. À la fin de la dernière étape, le patient aura réussi à surmonter sa phobie. Le travail ne peut se faire en une seule journée, car la TCC consiste à changer progressivement la perception que la personne malade a de l’élément phobogène, en l’occurrence, la prise de responsabilité. Remettre en cause une croyance si ancrée pour un individu est difficile, c’est pourquoi il faut persévérer, notamment lorsqu’il s’agit d’une phobie qui handicape la vie quotidienne.

Quelle que soit l’approche envisagée, il faut garder à l’esprit que la guérison passe par le traitement de la cause première de la peur, autrement, elle se manifestera de nouveau, sous différentes formes. Il faut aussi également être vigilant face aux différents signes qu’on pourrait noter chez nos proches, afin de reconnaître l’hypégiaphobie à sa prémisse.

Imaginez que vous ne pouvez ni travailler ni fonder une famille, car vous avez peur de prendre la moindre responsabilité. Votre vie serait vouée à la monotonie, sans goût et parcourue d’échecs, ou de solitude. Dans la société actuelle, la prise de responsabilité est très prisée, elle est un signe de maturité ; il faut que la personne hypégiaphobe se soigne, pour être en mesure de profiter de sa vie pleinement.

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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