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Kénophobie

Nous nous appuyons d’une manière générale sur notre vue pour nous orienter et assurer nos repères. Lorsque nous nous retrouvons dans un endroit privé de lumière, où il nous est impossible de voir les éléments à travers lesquels on évolue, le stress monte et le doute s’installe, car nous nous retrouvons dans l’ignorance totale. Dans cet environnement, notre cerveau s’affole et pour certaines personnes, des symptômes d’anxiété apparaissent. On parle alors de kénophobie. Faisons le point sur la peur du noir.

Comment devient-t-on kénophobe ?

Nous avons tous au moins une fois dans notre vie été kénophobe, car l’obscurité symbolise l’inconnu et parfois la terreur. La nuit est à ce titre le théâtre privilégié des monstres et de l’horreur au cinéma. Bienheureusement il ne s’agit que de fiction.

La kénophobie, aussi appelée nyctophobie, est un handicap dans la mesure où elle empêche la personne affectée de sortir la nuit, tandis que la seule idée de passer un moment dans l’obscurité suscite chez elle une peur tétanisante. Ainsi, elle aura besoin de vivre avec la lumière constamment allumée, et refusera catégoriquement d’aller dans un endroit dès lors que celui-ci sera associé à l’obscurité, ce qui expose cette personne à des troubles perpétuels ; l’obscurité est omniprésente, et quelles que soient les précautions envisagées, elle pourra toujours surprendre à tout moment, ne serait-ce qu’à l’occasion d’une coupure d’électricité.

Si les enfants sont les plus vulnérables à la peur de l’obscurité, et si la kénophobie se résorbe d’une manière générale au cours de l’adolescence, les adultes peuvent aussi y être sujets, à cause de traumatismes notamment qu’ils ont subis durant leur enfance ; des incidents survenus ou des histoires racontées durant la nuit peuvent en être l’origine, mais nous ne sommes pas en mesure aujourd’hui de déterminer exactement les causes de ce trouble.

Quels sont les signes pour identifier la kénophobie ?

La kénophobie est très facile à reconnaître chez une personne qui en souffre. En effet, celle-ci sera terrifiée à la seule idée de sortir dans l’obscurité, ou de se retrouver seule dans le noir une fois les lumières éteintes. La réaction la plus extrême sera l’évanouissement, mais il existe d’autres signes tels que l’accélération du rythme cardiaque, les tremblements, l’essoufflement et la réaction extrême d’évitement. Très souvent, la principale manifestation que les personnes kénophobes décrivent s’apparente à une attaque de panique. Pour les enfants, l’incompréhension quant aux origines de cette peur augmente encore plus leur angoisse, à l’image de toute chose nouvelle qu’ils découvrent, mais dont l’explication leur échappe.

Comment soigner la kénophobie ?

Un traitement médicamenteux est envisageable mais il n’aura pour effet que la réduction temporaire des symptômes. Il ne s’agira en rien d’un remède contre la kénophobie. Il faut également garder en tête les effets secondaires de cette pharmacologie, ainsi que la dépendance qu’elle entraîne.

Le traitement le plus indiqué dans le cadre des phobies est la psychothérapie. Le médecin traitant prescrira les séances, les approches et méthodes varient selon les cas que présente chaque patient. On pourra citer à ce titre :

  • La thérapie d’exposition : elle consiste à exposer progressivement l’individu à des éléments qui lui sont phobogènes. Il apprendra ainsi à affronter son traumatisme de façon à pouvoir le dépasser ;

  • La thérapie cognitivo–comportementale (TCC) : elle consiste à modifier progressivement les pensées de la personne affectée, de façon à changer ses perceptions biaisées. Le spécialiste de santé mentale analysera à travers différents entretiens les origines de la peur dont l’individu fait l’expérience, et essaiera de transformer les pensées négatives qui y sont associées, en pensées positives et rationnelles. La thérapie d’exposition peut également être mobilisée pour plus d’efficacité. Les effets de la TCC se font ressentir rapidement sur le patient car dès la 4ème séance, ce dernier commence déjà à ressentir un certain soulagement ;

  • L’hypnothérapie : elle se fait à l’aide d’un spécialiste qualifié, qui aidera le patient à être réceptif à la suggestions, de façon à modifier un ou plusieurs comportements au niveau de son subconscient. Le spécialiste essaiera également de connaître les origines de la phobie, en vue d’émettre des suggestion positives, toujours à l’échelle subconsciente du patient.

Le point commun de ces approches tient à ce qu’elles visent toutes à faire accepter l’idée que l’obscurité n’est pas toujours un signe de danger. La nuit peut aussi apporter son lot de bienfaits et de festivités surtout.

La personne kénophobe pourra tenter d’apprivoiser petit à petit l’obscurité chez elle, en installant par exemple un variateur électrique, ou en apprenant à aiguiser son ouïe, pour savoir reconnaître les bruits qui règnent dans la maison la nuit.

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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