Le Concept de Réalité Psychique : Quelle Utilité ?

Le Concept de Réalité Psychique : Quelle Utilité ?

La réalité psychique est un concept développé par Freud pour désigner le niveau de réalité propre aux processus inconscients. D’un point de vue épistémologique, elle désigne l’« objet » que la psychanalyse tente de caractériser, de comprendre et d’explorer.

Histoire et origine de la réalité psychique

Freud a inventé l’expression « réalité psychique » pour indiquer comment les patients névrosés et d’autres patients traitent les concepts psychiques inconscients et les peurs comme s’ils étaient réels. Ils répondent aux défis de la vie quotidienne non pas en termes de réalité objective, mais plutôt en accord avec leur réalité « psychique » intérieure.

Avec le développement de différentes écoles de pensée en psychanalyse, les opinions sur ce qui constitue précisément le contenu et le caractère du fonctionnement mental inconscient diffèrent énormément. Les psychanalystes n’ont pas une vision commune de ce qui constitue la réalité psychique, si bien que les échanges scientifiques authentiques sont devenus de plus en plus difficiles à interpréter.

Un concept controversé

La réalité psychique est discutée en relation avec un certain nombre de controverses sur les objectifs thérapeutiques et scientifiques de la psychanalyse. Parce que la nature de la réalité psychique est nécessairement incomplète et indéterminée, il existe des limites et des dangers inhérents à toute tentative de découvrir la vérité historique et expérientielle.

L’interprétation de Modell de Nachträglichkeit (action différée) comme « retranscription » exprime l’ambiguïté de la réalité psychique dans l’analyse. Cette interprétation n’est pas fondamentale, mais fait partie d’un dialogue intérieur et extérieur en relation avec une nouvelle expérience.

Émergence de la réalité psychique

Dans son œuvre l’interprétation des rêves (1900), le concept faisait référence à la force de la réalité associée à la vie fantasmée interne du sujet. Dès le départ, l’accent a été mis sur la nature objective de la subjectivité. La réalité de la subjectivité pour l’appareil psychique même au détriment de sa relation avec la réalité extérieure.

Dans un article consacré à la paralysie hystérique (1893), Freud avait présenté le problème du caractère « objectif » des symptômes d’hystérie de conversion et de leur signification. La différence entre la réalité biologique et la réalité « psychique » exprimée par les symptômes hystériques préfigurait le caractère objectif de l’inconscient. La nature des manifestations symptomatiques démontrait que les patients hystériques ne pouvaient pas être des « simulateurs ». L’existence d’un domaine autonome de la vie psychique et de la psyché inconsciente, y compris la réalité des fantasmes, pouvait désormais être affirmée avec une confiance croissante.

Un autre aspect de l’émergence de la réalité psychique a été le traumatisme sexuel. Les premières névroses développées par Freud tendaient à attribuer à certains événements traumatiques « réels », la séduction sexuelle pendant l’enfance. Les fantasmes infantiles et sexuels que ces scènes représentaient ont remplacé l’étiologie traumatique des névroses.

Comment déterminer la source du caractère subjectivement « réel » de la réalité psychique ?

Deux types d’hypothèses peuvent être avancés à cet égard. Le premier type relie la réalité psychique à l’impact de la réalité extérieure. Dans ce sens, la réalité psychique indiquerait une rencontre antérieure avec la réalité. Cela représenterait une réalité devenue psychique par trace d’impact. Le caractère de la réalité elle-même témoignerait de l’héritage psychique des rencontres avec le monde extérieur. Les fantasmes, selon cette vision, sont des structures « hybrides » qui contiennent un noyau de réalité, une sorte de réminiscence transformée, dont la source se situe à un moment éloigné.

Le second type d’hypothèse relie la réalité psychique aux contraintes intrinsèques à l’activité psychique, à ses lois et principes opérationnels. Ainsi, les représentations plus anciennes du désir peuvent être réactivées via le principe de plaisir par hallucination, créant la perception d’un souhait exaucé, même au détriment possible de la perception du monde réel.

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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