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Hikikomori France, le choix de vivre dans une isolation extrême

 

Il est assez classique d’avoir cette impression de vouloir échapper aux situations de stress et aux pressions du monde extérieur. Par de brèves périodes de retrait, on arrive à contrebalancer les réactions de stress aigu, et à trouver la ressource pour surmonter la maladie et l’épuisement. Ces périodes aident également à franchir des étapes importantes du développement, comme l’exploration de notre identité durant l’adolescence.

Hikikomori France

Les jeunes qui entrent dans la catégorie « hikikomori » sont apparus en France à peu près en 2008. Le simple fait de « correspondre à la définition » ne signifie pas toutefois nécessairement que ces jeunes sont semblables aux hikikomori japonais. Il est important de se demander plutôt qui sont les jeunes qui s’assimilent à cette catégorie en France, et quel est le type de pathologie qu’ils présentent.

Si le terme « déraillement » caractérise l’une des facettes des hikikomori au Japon, une étude menée auprès de jeunes Français montre que les hikikomori en France relèvent d’un phénomène plus proche du décrochage, qui s’accompagne d’une sorte de « sentiment d’insuffisance ».

Les causes et sources de ce sentiment sont propres à la société et à la culture française. Une enquête permettant de mettre en évidence ces liens de causalité entre la société et les hikikomori serait une avancée.

Les racines de l’insuffisance

De nombreux événements de la vie peuvent créer le sentiment d’insuffisance, de la négligence dans l’enfance au harcèlement dans le milieu professionnel. Le plus souvent, les sentiments d’insuffisance sont enracinés dans les expériences de l’enfance, pour les raisons suivantes par exemple :

  • les parents étaient trop critiques ;
  • les parents étaient complexes ;
  • les figures d’autorité étaient humiliantes pour l’enfant ;
  • les occasions de vivre des expériences positives et stimulantes qui aident les enfants à acquérir des sentiments de compétences et d’adéquation ont manqué.

Les problèmes de santé mentale comme la dépression, l’anxiété, la codépendance et le stress post-traumatique peuvent également nourrir le sentiment d’insuffisance.

À l’âge adulte, le harcèlement ou l’intimidation dans le milieu de travail souvent minent la confiance d’une personne en elle-même, et l’amènent à douter de sa valeur et de ses capacités.

La parentalité peut aussi produire ces sentiments d’insuffisance, car de nombreux parents doutent de leur capacité à subvenir aux besoins de leurs enfants financièrement, émotionnellement ou physiquement. Les parents qui se sentaient eux-mêmes inadéquats quand ils étaient enfants peuvent se fixer des objectifs irréalistes dans leur rôle de parents. Ils perpétuent ainsi un sentiment d’insuffisance en ne satisfaisant pas à ces normes inaccessibles.

Autres causes

Les sentiments d’insuffisance peuvent également être déclenchés ou aggravés par la culture dans laquelle évolue l’individu, et les injonctions tacites qu’elle véhicule. Dans les médias particulièrement, les normes de beauté, de force, de renommée, de pouvoir et de richesse promues sont impossibles à atteindre pour la plupart des gens. Nous nous retrouvons alors en position de regarder les autres heureux, accomplis, autonomes et bons, et comparons cette image à nos propres échecs. Nous nous sentons alors illégitimes.

En réalité, nous n’avons aucune idée de ce qu’il se passe réellement dans la vie et l’esprit de la plupart des gens. Nous négligeons souvent nos propres forces et réussites, de sorte que de telles comparaisons n’ont pas de fondement réel, et nous font beaucoup plus de mal que de bien.

Signes et symptômes

L’expérience de l’insuffisance amène les gens à se percevoir de façon négative.

Les gens peuvent tenter de masquer ou de cacher ces sentiments d’inadéquation à eux-mêmes et aux autres, de plusieurs façons. Certaines personnes peuvent s’isoler socialement, ou se fermer aux sollicitations des autres de peur d’être vues telles qu’elles sont.

D’autres peuvent développer des compulsions, telles que des dépenses excessives ou de la suralimentation, comme un moyen de faire face à un sentiment d’insuffisance ; certaines personnes projettent leurs sentiments d’incompétence sur les autres pour éviter de ressentir des émotions douloureuses. Par là, elles essayent de maîtriser leur environnement, afin de retrouver un sentiment de contrôle lorsque l’insuffisance les laisse dans un état d’impuissance.

Les personnes qui se sentent inadéquates peuvent également éprouver :

  • l’anxiété, notamment au niveau des performances ;
  • une sensibilité et une autocritique accrues ;
  • de la réticence à accepter ou à avoir confiance en l’affection des autres ;
  • une faible estime de soi ;
  • la perception de l’échec ;
  • la peur du rejet ;
  • l’incapacité d’accepter les éloges ;
  • le sentiment d’impuissance ;

Comment la thérapie peut aider à faire face à l’insuffisance

Les thérapeutes aident les gens à découvrir et à aborder les expériences de l’enfance qui sont à la source des sentiments négatifs, et ce en vue de les dépasser.

Il est possible en travaillant avec un psychothérapeute :

  • d’identifier ses atouts pour les développer ;
  • d’apprendre à reconnaître ses forces et à minimiser ses faiblesses pour retrouver la confiance, quelles que soient ses limites.

L’insuffisance peut empêcher une personne de faire face à de nombreux défis de la vie, aux changements qui surviennent au cours d’une carrière ou aux difficultés relationnelles. Grâce à la thérapie, une personne peut apprendre à développer des attentes plus réalistes vis-à-vis d’elle-même. Elle peut aussi découvrir des activités, des relations, et des expériences qui favorisent ses impressions et sentiments d’être quelqu’un de compétent.

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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