Fugue d’un mineur : sécurité, retour et dialogue
Mon adolescent fugue : comment réagir sans aggraver la situation ?
Les premières heures comptent : les démarches immédiates, les mots à privilégier au retour et les repères pour comprendre la fugue sans rompre le dialogue.

Comprendre les fugues chez l’adolescent et retrouver le dialogue
Par Rodolphe Oppenheimer, psychothérapeute
Découvrir que son adolescent a quitté le domicile sans prévenir est l’une des expériences les plus angoissantes qu’un parent puisse vivre. Les heures qui suivent sont souvent marquées par une succession d’émotions : peur, colère, culpabilité, incompréhension et parfois un profond sentiment d’impuissance.
Après le soulagement des retrouvailles, une question revient presque toujours : « Pourquoi a-t-il fugué ? » ou « Que dois-je faire pour éviter que cela se reproduise ? »
Une fugue n’est jamais un comportement à banaliser. Elle peut être un signal d’alarme qui mérite d’être compris. La guidance parentale peut aider les parents à analyser la situation, restaurer le dialogue et mettre en place un accompagnement adapté.
En tant que psychothérapeute, Rodolphe Oppenheimer accompagne les adolescents en difficulté ainsi que leurs parents confrontés aux fugues, aux conflits familiaux et aux crises de l’adolescence. Cet accompagnement intervient après la mise en sécurité du mineur et ne remplace jamais le signalement aux autorités lorsque l’adolescent est porté disparu.
Qu’appelle-t-on une fugue ?
On parle de fugue lorsqu’un mineur quitte volontairement son domicile, son établissement scolaire ou son lieu d’accueil sans l’autorisation des adultes responsables.
La fugue peut durer :
- quelques heures ;
- une nuit ;
- plusieurs jours ;
- exceptionnellement davantage.
Même lorsqu’elle est brève, elle doit toujours être prise au sérieux. La disparition inexpliquée d’un mineur est une situation d’urgence : les parents n’ont pas à attendre un délai de 24 ou 48 heures pour la signaler.
Pourquoi un adolescent fugue-t-il ?

Contrairement aux idées reçues, une fugue est rarement motivée par un simple désir de « faire peur » à ses parents.
Elle peut traduire :
- une souffrance psychologique ;
- un conflit familial important ;
- une recherche d’autonomie ;
- une rupture amoureuse ;
- un harcèlement scolaire ;
- une consommation de substances ;
- une dépression ;
- un sentiment de ne plus être entendu ;
- la peur d’une sanction, de violences ou de l’emprise d’un tiers.
Chaque histoire est différente. Une fugue ne permet pas, à elle seule, de conclure à un trouble psychologique ou à une cause précise.
Les conflits familiaux
Les disputes répétées peuvent jouer un rôle. L’adolescent peut avoir le sentiment que :
- personne ne le comprend ;
- il n’est jamais écouté ;
- tout ce qu’il fait est critiqué.
La fugue peut alors devenir une manière d’exprimer un profond mal-être ou de tenter d’échapper à une situation devenue insupportable à ses yeux.
Le harcèlement scolaire
Certains adolescents préfèrent quitter leur domicile plutôt que d’affronter une nouvelle journée de souffrance. Ils n’osent parfois parler à personne des violences qu’ils subissent.
Les signes peuvent être discrets :
- refus d’aller au collège ou au lycée ;
- isolement ;
- baisse des résultats scolaires ;
- anxiété importante.
Les difficultés psychologiques
Une fugue peut également être associée à :
- un trouble anxieux ;
- une dépression ;
- un trouble des conduites ;
- un TDAH ;
- des difficultés émotionnelles importantes.
Une évaluation globale peut aider à comprendre ce qui se joue. Elle doit aussi rechercher une éventuelle mise en danger, des idées suicidaires, des violences subies, une consommation de substances ou l’influence d’un tiers.
Que faire immédiatement si votre adolescent a disparu ?
Si votre adolescent ne revient pas et que vous ne parvenez pas à le joindre, agissez rapidement et calmement.
- appelez le 17 et rendez-vous sans délai dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie ;
- en cas d’urgence, le 112 peut également être composé ;
- contactez ses proches, ses amis, l’établissement scolaire et les lieux qu’il fréquente habituellement ;
- préparez une photo récente, sa description, sa tenue, l’heure et le lieu où il a été vu pour la dernière fois ;
- vérifiez quels effets personnels il a emportés : téléphone, papiers, argent, carte bancaire, vêtements ou médicaments ;
- transmettez aux enquêteurs tout message, compte sur un réseau social ou information susceptible d’aider les recherches.
Suivez les consignes de la police ou de la gendarmerie. Ne retardez pas le signalement en pensant qu’il reviendra forcément de lui-même. Le 116 000 Enfants Disparus peut soutenir et conseiller les familles ; il ne remplace pas l’appel au 17 ni le signalement aux autorités.
Si vous savez où se trouve votre adolescent, indiquez-le aux services compétents et suivez leurs instructions. Si vous craignez des violences, une emprise ou une autre situation dangereuse, ne tentez pas d’intervenir seul.
Mineur disparu : n’attendez pas
La disparition inexpliquée d’un mineur est une urgence. Appelez le 17 et rendez-vous rapidement au commissariat ou à la gendarmerie. En cas d’urgence, vous pouvez également composer le 112.
Que faire lorsqu’il revient ?
Le retour est un moment essentiel. Si la disparition a été signalée, prévenez immédiatement la police ou la gendarmerie du retour de votre adolescent.
Vérifiez d’abord qu’il est en sécurité et qu’il n’a pas besoin de soins. En cas de blessure, d’intoxication, d’idées suicidaires ou de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
La colère est naturelle. Mais commencer immédiatement par :
- des reproches ;
- des menaces ;
- un interrogatoire interminable ;
risque de fermer le dialogue. Il est souvent préférable de s’assurer d’abord que l’adolescent est en sécurité, puis de chercher à comprendre ce qui l’a conduit à partir.
Les phrases qui favorisent le dialogue
Il est souvent plus utile de dire :
- « Je me suis beaucoup inquiété pour toi. »
- « J’aimerais comprendre ce qui s’est passé. »
- « Comment pouvons-nous éviter que cela se reproduise ? »
plutôt que :
- « Tu nous as fait honte. »
- « Tu es irresponsable. »
- « Tu n’as pensé qu’à toi. »
L’objectif est de rouvrir la communication. Écouter n’empêche pas de rappeler ensuite les règles et les limites nécessaires à la sécurité de l’adolescent.
Les erreurs à éviter
Après une fugue, certaines réactions peuvent renforcer involontairement les tensions.
Par exemple :
- supprimer tout dialogue ;
- enfermer l’adolescent dans une relation uniquement punitive ;
- minimiser les faits ;
- ignorer la souffrance ou la situation qui a conduit à la fugue ;
- faire promettre trop vite que cela ne se reproduira jamais, sans traiter les causes possibles.
La fermeté reste nécessaire, mais elle gagne à s’accompagner d’une recherche de compréhension et de mesures de protection concrètes.
La guidance parentale : retrouver une communication
La fugue révèle souvent une rupture du dialogue familial. La guidance parentale aide les parents à :
- comprendre les besoins de leur adolescent ;
- gérer les conflits autrement ;
- restaurer une communication constructive ;
- poser des limites cohérentes ;
- renforcer la relation parent-enfant.
Elle permet également aux parents d’exprimer leurs propres émotions dans un cadre sécurisé.
Le dialogue reste rompu après son retour ?
La guidance parentale peut aider à comprendre les déclencheurs, poser un cadre sécurisant et préparer des échanges moins conflictuels.
Quand consulter ?
Un accompagnement psychologique est particulièrement recommandé lorsque :
- plusieurs fugues se sont produites ;
- votre adolescent refuse toute discussion ;
- il présente des signes de souffrance psychologique ;
- les conflits familiaux deviennent permanents ;
- vous vous sentez dépassé par la situation ;
- vous craignez des violences, une emprise, une exploitation ou une consommation problématique.
Il n’est pas nécessaire d’attendre une nouvelle fugue pour demander de l’aide. Le médecin traitant, le pédiatre, la Maison des adolescents ou un professionnel de la santé mentale peuvent contribuer à l’évaluation et à l’orientation. La page consacrée à la psychothérapie pour adolescent apporte des repères complémentaires.
Comment travaille Rodolphe Oppenheimer ?

En consultation, Rodolphe Oppenheimer, psychothérapeute, propose un accompagnement individualisé destiné aux adolescents et à leurs parents.
Le travail peut porter sur :
- les causes possibles de la fugue ;
- les difficultés relationnelles ;
- les émotions de l’adolescent ;
- la guidance parentale ;
- les stratégies de communication ;
- les outils issus des thérapies comportementales et cognitives (TCC), lorsque cela est indiqué.
Lorsque la situation nécessite un suivi médical, pédopsychiatrique, social ou judiciaire, la psychothérapie s’inscrit dans un accompagnement coordonné. L’objectif est d’aider la famille à retrouver un climat plus serein et à prévenir de nouvelles ruptures.
Besoin d’un espace pour faire le point en famille ?
Une première consultation peut aider à comprendre la crise et à identifier les soutiens nécessaires. En cas de nouvelle disparition ou de danger immédiat, contactez d’abord les services d’urgence.
Conclusion
Une fugue est toujours un signal qu’il convient d’écouter. Derrière ce départ peuvent se trouver une souffrance, un conflit, une recherche d’autonomie, un danger ou un besoin que l’adolescent ne parvient plus à exprimer autrement.
La priorité reste toujours sa sécurité et le signalement rapide de sa disparition. Après son retour, un accompagnement adapté peut aider à comprendre les causes de cette rupture, restaurer le dialogue et reconstruire progressivement une relation de confiance. Les parents ne doivent pas rester seuls face à cette situation : demander de l’aide est souvent une première étape pour protéger leur adolescent et retrouver un équilibre familial.