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Sens, motivation et transitions de vie

Crise de sens et perte de motivation : comment retrouver des repères

La perte de sens peut accompagner une transition, un épuisement ou une dépression. Des repères pour l'identifier et reprendre appui.

Personne assise près d'une fenêtre au cours d'un moment de réflexion

Une crise de sens n’est pas un diagnostic

Personne prenant du recul face à une période de doute

La formule « crise de sens » décrit une expérience, pas une maladie précise. Elle peut apparaître après une séparation, un deuil, un changement professionnel, une maladie, le départ des enfants ou la fin d’un projet important. La personne continue parfois à fonctionner, mais ne sait plus ce qui donne une direction à ses journées.

Cette expérience ne prouve pas qu’une société entière serait devenue malade, ni que les écrans ou le confort matériel en seraient la cause unique. Elle peut être transitoire et faire partie d’une réorganisation normale. Elle mérite davantage d’attention lorsqu’elle dure, entraîne un isolement, altère le sommeil ou le travail, ou s’accompagne d’une perte marquée de plaisir.

Le sentiment de vide s’installe ?

Un entretien peut aider à distinguer une période de transition, un épuisement, une dépression ou une difficulté plus ancienne.

Perte de sens, fatigue ou dépression ?

Une baisse de motivation ponctuelle varie généralement avec le repos, les événements et les activités. La dépression associe au contraire plusieurs symptômes persistants, presque tous les jours pendant au moins deux semaines, avec un retentissement important : humeur dépressive, perte d’intérêt ou de plaisir, fatigue, troubles du sommeil, difficultés de concentration, culpabilité, ralentissement ou agitation.

Le vocabulaire de la « crise existentielle » ne doit donc pas masquer un épisode dépressif, un trouble anxieux, un épuisement professionnel, une affection médicale ou l’effet d’une substance. Une évaluation médicale ou psychologique est indiquée lorsque le fonctionnement se dégrade ou que les symptômes persistent.

Si la question « à quoi bon ? » s’accompagne d’idées suicidaires ou d’un danger immédiat, il ne faut pas attendre une séance ordinaire : en France, le 3114 répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7 ; le 15 ou le 112 doivent être contactés en cas d’urgence immédiate.

Désir, valeurs et Idéal du Moi

Dans une lecture psychanalytique, le désir ne se réduit pas à un besoin que l’on pourrait satisfaire définitivement. Il engage le manque, l’histoire personnelle, les identifications et la relation aux autres. L’Idéal du Moi représente certaines qualités ou directions auxquelles le sujet souhaite se conformer.

Une crise peut surgir lorsque les anciens idéaux ne correspondent plus à la vie actuelle : une réussite attendue ne procure pas la satisfaction espérée, un rôle familial change, une croyance s’effondre ou les objectifs poursuivis appartenaient surtout aux attentes d’autrui. L’enjeu n’est pas de retrouver artificiellement « la motivation », mais de comprendre ce qui a perdu sa valeur et ce qui pourrait en acquérir une nouvelle.

Trois formes fréquentes de perte de direction

Le travail ne signifie plus la même chose

Une surcharge, un conflit de valeurs ou l’impression de ne plus voir l’utilité de son activité peuvent éroder l’engagement. Cela ne permet pas de conclure automatiquement à un burn-out. Il faut examiner la charge réelle, l’autonomie, les relations de travail, la santé, le sommeil et ce qui se passe dans les autres domaines de vie.

Les liens et les rôles se transforment

Une rupture, un déménagement, la retraite ou le départ d’un enfant modifient les habitudes et l’identité relationnelle. La solitude peut renforcer le sentiment d’inutilité, mais elle n’est pas une fatalité : les liens amicaux, familiaux, associatifs ou professionnels peuvent être reconstruits progressivement.

L’avenir paraît trop vaste ou trop fermé

Lorsque tout semble possible, choisir peut devenir difficile ; lorsque rien ne semble possible, l’action paraît vaine. Dans les deux cas, ramener la question à un horizon proche aide souvent davantage que chercher immédiatement une réponse totale au sens de l’existence.

Vous ne reconnaissez plus vos propres priorités ?

Le travail thérapeutique peut clarifier les valeurs, les loyautés et les attentes qui orientent vos choix.

Retrouver une direction par des actions concrètes

Personne avançant sur un chemin boisé comme image d'une direction à reconstruire

La clarification des valeurs consiste à distinguer une direction durable d’un objectif ponctuel. « Être présent pour mes proches », « créer », « apprendre » ou « contribuer » indiquent une manière d’agir ; obtenir un poste ou terminer un diplôme sont des étapes possibles. Une valeur ne supprime pas la fatigue ou le doute, mais elle aide à choisir une prochaine action cohérente.

La réactivation comportementale propose de reprendre, à petite échelle, des activités utiles ou gratifiantes : marcher dix minutes, rappeler une personne, préparer un repas, avancer sur une tâche délimitée. Les recherches sur l’activation comportementale concernent surtout la dépression ; elles ne signifient pas qu’il suffirait de « se bouger ». L’intérêt est de créer des expériences observables, ajustées à l’énergie disponible.

Mettre l’histoire en récit sans chercher une réponse parfaite

Un travail psychodynamique peut explorer les idéaux hérités, les deuils, la culpabilité et les répétitions. Mettre en récit une transition aide parfois à relier l’avant et l’après : qu’est-ce qui s’est terminé, qu’est-ce qui résiste, qu’est-ce qui commence ? Le but n’est pas de fabriquer un grand récit obligatoire, mais d’ouvrir plusieurs significations et plusieurs choix.

La crise de sens devient alors moins une énigme à résoudre d’un seul coup qu’un processus à traverser. L’accompagnement peut associer exploration de l’histoire, évaluation des symptômes et actions concrètes, tout en orientant vers un médecin ou un psychiatre lorsque la situation le nécessite.

Repères et sources

Retrouver un premier point d’appui

Une consultation peut commencer par une question concrète : ce qui s’est arrêté, ce qui fait souffrir aujourd’hui et ce qui reste possible.

À propos de Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer est psychothérapeute et psychanalyste. Il reçoit exclusivement en visioconsultation depuis Paris des patients situés en France et dans les pays francophones.

Auteur de plusieurs ouvrages publiés notamment chez Eyrolles, Ramsay et Odile Jacob, il articule dans sa pratique des repères issus de la psychanalyse et des outils cognitifs et comportementaux, en fonction de la demande et de la situation clinique.

Il est Chevalier de l’Ordre national du Mérite, Officier de l’Ordre des Palmes académiques, Officier de l’Ordre du Mérite agricole, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Commandeur de l’Étoile de Mohéli, Médaillé d’or de l’Étoile civique et Médaillé d’or de La Renaissance française.