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Faire l’amour : ce que cette expression dit du désir, du couple et de notre histoire

« Faire l’amour » : nous employons ces mots avec une apparente évidence. Pourtant, que désignent-ils exactement ? Une relation sexuelle, un moment de tendresse, la recherche du plaisir, une preuve d’attachement ? Derrière cette expression familière se rencontrent le corps, le désir, les souvenirs, les attentes et parfois les inquiétudes. C’est pourquoi la sexualité peut devenir un sujet de psychothérapie ou de psychanalyse, dès les premiers entretiens comme après des années de vie commune.

La question n’est pas de décider ce que chacun devrait vivre. Elle consiste à comprendre ce que cette expérience signifie pour une personne, à un moment donné de son histoire, et la place qu’elle prend dans ses relations.

Que veut dire « faire l’amour » ?

Dans l’usage courant, l’expression désigne souvent une rencontre sexuelle. Mais elle associe deux mots qui ne se recouvrent pas toujours. On peut aimer sans désirer une relation sexuelle, éprouver du désir sans être amoureux, ou connaître les deux à la fois. Certaines personnes parlent de « faire l’amour » pour évoquer une intimité partagée ; d’autres y entendent une attente de fusion, une obligation conjugale ou un risque de déception.

Ce décalage peut créer des malentendus. Deux partenaires peuvent utiliser la même formule tout en attendant des choses différentes : l’un cherche à se sentir proche, l’autre souhaite surtout une expérience physique ; l’un a besoin de paroles, l’autre de spontanéité. Aucun dictionnaire ne peut remplacer la conversation qui leur permet de découvrir ces différences.

Les normes sociales ajoutent parfois à la confusion. Films, réseaux sociaux, récits de proches et discours sur la « bonne » sexualité peuvent laisser croire qu’il existe un rythme, une fréquence ou une manière de désirer qui conviendrait à tous. Pourtant, une vie intime ne se mesure pas à un modèle unique. Les repères essentiels restent la liberté de chacun, le consentement, le respect et la possibilité de parler de ce qui est agréable comme de ce qui ne l’est pas.

Le désir sexuel n’obéit pas à une commande

Le désir peut être vif, discret, fluctuant ou momentanément absent. Il varie selon les périodes de vie et les circonstances : fatigue, stress, conflits, santé physique, événements familiaux ou sentiment de sécurité dans la relation. Sa variation ne prouve pas automatiquement un désamour. Elle ne se résout pas davantage par une injonction à « faire un effort ».

La difficulté commence souvent lorsque la personne se surveille : « Est-ce que je désire assez ? Est-ce que mon partenaire va croire que je ne l’aime plus ? Que se passera-t-il si je refuse ? » À force de chercher à vérifier son désir, elle peut perdre le contact avec ses sensations et se sentir prisonnière d’une attente. L’inquiétude prend alors plus de place que la rencontre elle-même.

Dans un couple, les désirs ne surviennent pas nécessairement au même moment. Ce décalage demande une discussion, sans culpabiliser la personne qui souhaite une relation ni celle qui n’en souhaite pas. Exprimer une envie donne à l’autre la possibilité de répondre librement ; cela ne crée pas une dette. Le consentement peut être donné, refusé ou retiré, y compris dans une relation stable et ancienne.

Ce que la psychanalyse entend dans la vie amoureuse

La psychanalyse s’intéresse à ce que chacun apporte, parfois à son insu, dans la rencontre avec l’autre. Pour Freud, la sexualité humaine ne se réduit pas à l’acte sexuel : la libido permet aussi de penser les investissements affectifs, les fantasmes et la façon singulière dont se construit le désir. Ce cadre de lecture n’explique pas tout et ne dispense jamais d’écouter la personne dans sa situation concrète.

Une relation actuelle peut, par exemple, réveiller la crainte d’être abandonné, le besoin d’être choisi ou la peur de dépendre de quelqu’un. Une remarque anodine, un refus ou un silence peuvent alors être vécus avec une intensité qui surprend les deux partenaires. Il ne s’agit pas d’affirmer que tout vient de l’enfance. Il s’agit d’explorer pourquoi une scène présente touche un point particulièrement sensible.

L’histoire familiale, les premières expériences amoureuses, les interdits reçus ou les blessures relationnelles peuvent contribuer à façonner la manière d’approcher l’intimité. Certaines personnes cherchent une proximité rassurante mais reculent lorsqu’elle devient possible. D’autres se sentent désirables seulement si elles séduisent, puis se désintéressent de la relation installée. Ces mouvements ont des sens différents selon les histoires ; ils ne constituent pas des diagnostics en eux-mêmes.

La parole offre ici un espace particulier. Décrire ce qui se passe avant, pendant ou après une rencontre intime peut aider à distinguer une envie personnelle d’une peur de déplaire, un plaisir réel d’un geste accompli par habitude. La personne peut progressivement mettre des mots sur ce qu’elle cherche, ce qu’elle redoute et les limites qu’elle souhaite poser.

L’amour et la sexualité suivent parfois des chemins différents

La conviction que l’amour devrait garantir le désir est fréquente. Lorsqu’un couple traverse une période sans relations sexuelles, chacun peut y lire un jugement sur sa valeur ou sur l’avenir de la relation. Pourtant, l’attachement et l’élan érotique ont leurs propres variations. On peut tenir profondément à quelqu’un et se sentir momentanément éloigné de la sexualité.

À l’inverse, l’intensité du désir ne suffit pas à construire une relation où l’on se sent respecté et en sécurité. La passion peut coexister avec l’incertitude, la jalousie ou la difficulté à dire non. Observer cette différence permet de poser des questions plus précises : « Qu’est-ce qui me manque ? », « De quelle proximité ai-je envie ? », « Puis-je parler sans craindre la réaction de l’autre ? »

Cette réflexion concerne toutes les orientations et toutes les configurations relationnelles entre adultes consentants. L’identité d’une personne ou la forme de sa relation ne dit pas, à elle seule, ce qu’elle éprouve. En consultation, l’enjeu est d’accueillir son vécu sans lui imposer une définition extérieure de l’amour ou de la sexualité.

Quand « faire l’amour » devient une source d’angoisse

Il arrive que l’intimité soit associée à la peur : peur de ne pas être à la hauteur, d’être jugé, de perdre le contrôle, de souffrir ou de décevoir. Une difficulté sexuelle peut alors s’accompagner d’évitement, de tensions dans le couple et d’une estime de soi fragilisée. Plus la personne anticipe un échec, plus la rencontre risque d’être vécue comme une épreuve.

L’angoisse peut aussi apparaître après une expérience douloureuse, une période de conflit ou un événement traumatique. Dans ces situations, il faut respecter le rythme de la personne. Personne n’a à se forcer à une relation sexuelle pour préserver un couple ou répondre aux attentes d’autrui. Si la douleur, un changement physique ou une difficulté persistante sont présents, une évaluation médicale ou sexologique peut être utile en complément du travail psychothérapeutique.

Parfois, le problème formulé au départ change au fil des séances. Une personne venue parler de « baisse de désir » découvre qu’elle n’ose plus exprimer ses désaccords. Une autre comprend que sa principale souffrance tient moins à la fréquence des rapports qu’au sentiment de solitude dans le couple. La thérapie aide à mieux nommer la difficulté avant de chercher à la résoudre.

Comment en parler avec son partenaire ?

Une conversation sur la sexualité gagne à avoir lieu en dehors d’un moment de tension ou d’un refus immédiat. Parler à partir de son expérience — « je me sens inquiet », « j’aimerais que nous prenions davantage le temps » — ouvre plus facilement le dialogue que les reproches ou les comparaisons. Il peut être utile de demander à l’autre ce qu’il comprend derrière les mêmes mots, sans supposer que sa réponse est évidente.

Écouter ne signifie pas accepter une pratique qui ne convient pas. Chacun peut exprimer ses préférences, ses hésitations et ses limites. Le couple peut également réfléchir à d’autres formes de proximité : gestes tendres, temps partagé, paroles, moments d’intimité sans objectif sexuel prédéfini. Retrouver la possibilité de choisir ensemble est souvent plus fécond que chercher à reproduire un scénario idéal.

Lorsque les discussions tournent toujours à la dispute, qu’un partenaire se sent contraint ou que le silence s’installe, un accompagnement peut aider à rétablir un espace de parole. Si la relation comporte des pressions ou des violences, la priorité est la sécurité de la personne concernée et l’accès à une aide adaptée.

Pourquoi consulter un psychothérapeute ou un psychanalyste ?

On peut consulter parce qu’une question intime revient sans cesse, parce qu’un changement inquiète, ou simplement parce qu’on souhaite comprendre sa vie affective. Il n’est pas nécessaire d’attendre une crise majeure. Le travail peut porter sur l’angoisse, l’image de soi, les relations, les expériences passées ou la difficulté à faire entendre son désir.

En tant que psychothérapeute et psychanalyste, j’accorde une place centrale à la parole singulière de la personne. Les approches comportementales et cognitives peuvent aussi aider à repérer certaines anticipations anxieuses et certains comportements d’évitement lorsque cela correspond à sa demande. Le cadre de travail s’ajuste à la situation ; il n’existe pas de réponse toute faite à la question de l’intimité.

« Faire l’amour » paraît une expression simple. Elle recouvre pourtant des expériences multiples, parfois heureuses, parfois conflictuelles. Prendre le temps d’en parler permet de quitter les évidences et de mieux comprendre ce que chacun vit réellement. Le désir n’a pas à se conformer à une norme pour mériter d’être écouté.

Rodolphe Oppenheimer, psychothérapeute et psychanalyste, reçoit exclusivement en visioconsultation depuis Paris les personnes situées en France et dans les pays francophones.

Références

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