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Atélophobie

Le perfectionnisme est actuellement perçu comme une vertu et non un défaut à cause de la forte concurrence sur le marché du travail et l’exigence accrue des employeurs. Mais est-ce que la recherche en continu de la perfection peut devenir un handicap pour une personne ? Oui, lorsque le perfectionnisme ne permet pas à une personne d’avancer, contrairement au but recherché, et lorsque cela cause des troubles anxieux. La personne est alors atteinte d’atélophobie.

Qu’est-ce que l’atélophobie ?

L’atélophobie est la peur d’être imparfait ou de ne pas faire les choses d’une manière correcte. L’atélophobe a peur de ne pas être assez compétent ou assez bon dans la tâche qu’on lui a confiée, ou dans un travail qu’il effectue de son plein gré. L’atélophobie est une forme de perfectionnisme mais à un niveau obsessionnel, qui peut paralyser une personne voire détériorer sa santé physique et mentale à cause du stress qu’elle génère. La personne atteinte de cette maladie se sent envahie par des émotions négatives lorsqu’elle sent qu’elle n’atteint pas le niveau de perfection recherché. Elle a souvent peur d’être jugée par son entourage et donc se renferme. Sa relation avec son environnement se détériore ainsi de plus en plus. La peur panique d’échouer même lors de la réalisation d’une tâche basique est handicapante car la personne atteinte d’atélophobie préférera passer plus de temps à contrôler la réalisation de la tâche en question. Elle sera ainsi perçue comme une personne qui ne veut prendre aucun risque, ce qui peut être mal vu par son employeur, dans certains secteurs d’activité notamment.

Quels sont les symptômes ?

Plusieurs symptômes permettent de détecter l’atélophobie. Il y a d’abord la peur extrême de perdre le contrôle, le sentiment d’impuissance face à quelque chose de simple  à réaliser, le comportement d’évitement d’une tâche pour laquelle on se croit incompétent, le manque de concentration et l’irritabilité. La personne atteinte d’atélophobie peut aussi ressentir certains symptômes physiques tels qu’une augmentation du rythme cardiaque, une bouche sèche, des nausées et des maux de tête lorsqu’elle est face à une situation qui déclenche sa phobie.

Mais quelle est la cause de l’atélophobie ?

Dans la plupart des cas, l’atélophobie naît suite à un enchaînement d’évènements qui se sont déroulés durant l’enfance ou l’adolescence d’une personne. Par exemple, celle-ci se faisait toujours réprimander par ses parents si elle n’atteignait pas la première place durant un examen, ce qui la poussait à rechercher constamment les meilleures notes. Mais par la suite, cette attitude est devenue une obsession, à tel point qu’une anxiété extrême paralyse la personne à chaque fois qu’elle passe un examen. Il s’ensuit une incapacité de raisonner, ce qui conduit la personne à l’échec. Une prédisposition génétique peut également être à l’origine de cette phobie, lorsqu’un membre de la famille est aussi atélophobe. L’environnement social est un facteur déterminant car c’est souvent une menace venant de l’extérieur qui pousse les gens à se donner à fond dans une tâche.

La différence entre l’atélophobie et le perfectionnisme est simple. L’atélophobe recherche la perfection totale, chose qui est impossible dans ce monde, à la différence du perfectionniste, ce dernier  faisant de son mieux pour rendre un travail presque parfait mais en gardant à l’esprit qu’il y aura toujours des coquilles quelque part. Le perfectionnisme tend à motiver une personne à se dépasser et à apprendre de ses erreurs tandis que l’atélophobie paralyse la personne et l’empêche d’avancer à cause de sa peur d’échouer.

Comment se soigner si on est atteint d’atélophobie ?

Il faut tout d’abord accepter le fait d’avoir un problème puis il faut aller consulter un spécialiste des troubles anxieux. Ce dernier pourra utiliser différentes méthodes pour vous aider à guérir. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et la thérapie d’exposition sont les plus fréquemment utilisées, en même temps ou séparément. Dans un premier temps, le spécialiste essaiera de définir les origines de la phobie de l’individu. Puis il transformera les pensées négatives, à « l’origine » de la phobie, en pensées progressivement positives. Le but est de rationaliser les choses pour faire accepter au patient que dans ce monde, rien n’est parfait, il y a toujours ce qu’on appelle une marge d’erreur. Ce n’est qu’après ces étapes qu’il pourra commencer à s’exposer peu à peu à des facteurs qui d’habitude génèrent chez lui un stress important. L’opération sera répétée autant de fois que nécessaire pour que la personne appréhende mieux son imperfection.

Certes il faut être performant dans ce que nous faisons, mais il faut tout de même garder à l’esprit que nous sommes et demeurons des êtres humains, et avons ainsi des défauts. Il faut également aimer ce que nous faisons et s’amuser. C’est une façon de diminuer le stress que nos travaux génèrent, et l’empêcher de devenir handicapant. Il faut aspirer au « suffisamment bon » et non à la « perfection absolue ».

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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