
Par Rodolphe Oppenheimer, psychothérapeute et psychanalyste.
Vous connaissez ce que vous voudriez dire, mais au moment de prendre la parole, vous imaginez déjà le jugement de l’autre. Demander une précision, exprimer un désaccord ou faire une réclamation devient alors plus difficile que prévu.
Le jeu de rôle est l’un des outils qui peuvent être utilisés en thérapie cognitive et comportementale. Il permet d’explorer une situation concrète dans un cadre préparé avec le thérapeute. Il ne s’agit ni d’un concours d’éloquence ni d’une obligation de devenir extraverti.
Choisir une situation et une question précise
Le point de départ peut être une scène ordinaire : demander à un collègue de répéter une consigne, signaler une erreur sur une commande ou refuser une invitation. Mieux vaut commencer par un objectif précis que par « apprendre à être à l’aise avec tout le monde ».
Vous pouvez formuler ce que vous redoutez : « Si je cherche mes mots, l’autre va s’impatienter. » Le travail consiste alors à explorer cette prédiction, plutôt qu’à répéter une phrase parfaite jusqu’à ne plus rien ressentir.
Essayer une scène à une difficulté adaptée
Les rôles et les limites de l’exercice sont définis ensemble. Une première version peut être courte et simple. La difficulté n’a pas à être maximale pour que l’essai apporte une information utile.
Pendant l’échange, l’attention peut revenir à ce que l’interlocuteur dit, au sujet de la conversation et à votre objectif. Surveiller chaque rougeur ou chaque hésitation risque au contraire de prendre toute la place. La présence d’un peu d’inconfort ne rend pas l’exercice raté.
Faire un bilan descriptif
Après la scène, revenez aux faits : avez-vous posé votre question ? L’autre a-t-il compris ? Quelle réponse avez-vous reçue ? Que s’est-il passé par rapport à ce que vous aviez imaginé ?
Ce bilan peut aussi montrer que la situation reste difficile. Il sert alors à ajuster l’exercice, à repérer une pensée persistante ou à choisir une étape plus accessible. Il ne s’agit pas de vous convaincre que toutes les interactions seront agréables : un désaccord réel peut exister et se travailler lui aussi.
Passer de l’entraînement à la vie quotidienne
Avec le thérapeute, vous pouvez préparer un petit essai dans votre quotidien, puis en discuter à la séance suivante. Le scénario n’a pas à être reproduit mot pour mot. Ce qui compte est de pouvoir agir avec davantage de choix.
Un entraînement avec un proche peut parfois aider, à condition qu’il respecte vos limites et ne transforme pas la scène en épreuve surprise. Si la peur entraîne un isolement important, une évaluation professionnelle permettra de proposer un accompagnement adapté. Le jeu de rôle est un outil possible parmi d’autres.
Pour approfondir
Prendre en charge l’anxiété sociale avec la TCC en visio-consultation
Phobie sociale : Comprendre la peur du regard des autres et retrouver confiance en soi
Sources et repères
NICE CG159 — Social anxiety disorder : recommandations de prise en charge
NHS — Facing your fears : principes de l’exposition progressive



