Demander une confirmation. L’obtenir. Se sentir mieux dix minutes. Puis douter à nouveau, et redemander — en formulant la question autrement, pour ne pas lasser. Beaucoup de personnes anxieuses connaissent ce cycle et le vivent avec une gêne réelle : elles savent que la réponse ne leur suffira pas, et elles la sollicitent quand même.
La réassurance est l’un des comportements les mieux documentés des troubles anxieux. Elle a une particularité qui la rend redoutable : elle fonctionne. À très court terme.
Pourquoi le soulagement ne dure pas
Le doute anxieux ne porte pas sur une information manquante. Il porte sur une incertitude qu’aucune information ne peut lever : personne ne peut garantir qu’un accident n’arrivera pas, qu’un examen sera normal, qu’une relation durera.
La réponse rassurante répond donc à côté de la question. Elle apaise l’émotion pendant quelques minutes sans toucher au doute lui-même, qui se reforme aussitôt — souvent sous une variante à peine différente. D’où cette impression, du côté de l’entourage, de répondre indéfiniment à la même question, et du côté de la personne anxieuse, de n’être jamais vraiment convaincue.
Le mécanisme du renforcement
Chaque demande de réassurance suivie d’un soulagement enseigne deux choses au cerveau.
D’abord, que l’inquiétude était légitime : elle a nécessité une intervention. Ensuite, que la personne n’aurait pas pu supporter le doute seule. Le seuil de tolérance à l’incertitude baisse un peu plus à chaque cycle, et les situations qui déclenchent le besoin de vérifier se multiplient.
C’est le même mécanisme qui, dans les troubles obsessionnels, lie l’obsession au rituel qui la soulage. La réassurance est un rituel, simplement il s’exerce sur autrui plutôt que sur un objet.
Les formes que prend la réassurance
Elle n’est pas toujours reconnaissable, parce qu’elle emprunte des voies acceptables socialement :
- poser une question déjà posée, en la reformulant ;
- raconter la même situation à plusieurs personnes pour comparer leurs réactions ;
- chercher en ligne jusqu’à trouver une réponse conforme à celle qu’on espère ;
- revérifier un message envoyé pour s’assurer qu’il ne pouvait pas être mal pris ;
- se rassurer mentalement, en se répétant un argument ou en repassant un souvenir ;
- demander à un proche de rester joignable « au cas où ».
Cette dernière forme, purement interne, est la plus difficile à repérer et souvent la plus tenace.
L’effet sur l’entourage
Les proches se retrouvent dans une position intenable. Rassurer soulage sur le moment mais alimente le cycle ; refuser de rassurer donne l’impression d’abandonner quelqu’un en détresse. L’usure s’installe, parfois de l’irritation, puis de la culpabilité des deux côtés.
Un point utile à savoir : cette impasse n’est pas un problème relationnel, c’est une caractéristique du trouble. Elle se résout par un changement de posture, pas par plus de patience.
Comment on en sort
Le travail thérapeutique ne consiste pas à supprimer brutalement toute réassurance, ce qui serait à la fois brutal et inefficace. Il procède par étapes :
- repérer précisément les demandes de réassurance, y compris mentales, souvent à l’aide d’un relevé écrit ;
- différer la demande — quinze minutes, puis davantage — pour constater que l’angoisse décroît d’elle-même ;
- remplacer les réponses rassurantes de l’entourage par une formule convenue à l’avance, bienveillante et non informative ;
- travailler la tolérance à l’incertitude plutôt que la recherche de certitude.
Ce protocole relève des thérapies comportementales et cognitives et gagne à être conduit avec un thérapeute, notamment pour associer les proches à la démarche sans les mettre en difficulté. Il s’applique aussi bien à l’anxiété généralisée qu’aux formes plus circonscrites de doute.
Un second niveau de travail éclaire ce que la demande de réassurance vient chercher : une validation, une preuve d’attachement, la levée d’une culpabilité. Cette dimension recoupe parfois celle de la dépendance affective, sans s’y réduire.
Quand consulter
- le besoin de vérifier revient plusieurs fois par jour ;
- il porte sur des sujets de plus en plus nombreux ;
- il pèse sur une relation ou provoque des conflits ;
- il s’accompagne de rituels, d’évitements ou de rumination prolongée ;
- il empêche de prendre des décisions ordinaires.
En cas d’idées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement 24 h/24.
Ce qu’il faut retenir
La réassurance soulage l’émotion sans traiter le doute, et le renforce en lui donnant du crédit. En sortir suppose de tolérer une incertitude plutôt que de chercher une certitude qui n’existe pas. C’est un travail progressif, et l’un des mieux balisés dans la prise en charge des troubles anxieux — troubles qui restent largement sous-traités, puisque selon l’Organisation mondiale de la santé un peu plus d’une personne concernée sur quatre seulement bénéficie d’un accompagnement.
Sources
- Organisation mondiale de la santé — Anxiety disorders
- Inserm — Troubles anxieux
- Assurance Maladie — Troubles anxieux ou anxiété grave
Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste et psychothérapeute. Cet article a une vocation d’information et ne remplace pas une consultation.
En parler
Si ce besoin de vérifier occupe vos journées, un premier échange permet d’en identifier les formes et d’envisager un travail. Les consultations se tiennent au cabinet ou en visioconsultation.