
Par Rodolphe Oppenheimer, psychothérapeute et psychanalyste.
La rame entre dans le tunnel et la respiration se bloque. Le bus est bondé et l’on cherche déjà la porte de sortie. Pour certaines personnes, prendre le métro, le RER, le bus ou le tramway devient si pénible qu’elles finissent par réorganiser leur vie pour les éviter : trajets à pied très longs, taxis coûteux, rendez-vous déclinés.
Cette peur concerne rarement l’accident en lui-même. Elle porte plutôt sur ce qui pourrait se passer à bord : se sentir enfermé, ne pas pouvoir descendre quand on le souhaite, faire un malaise ou une crise d’angoisse devant des inconnus. Elle peut s’inscrire dans une agoraphobie, mais ce n’est pas toujours le cas.
Ce qui entretient la peur
L’évitement soulage sur le moment. Il empêche aussi de constater que le trajet redouté peut se dérouler autrement que prévu, et la peur s’étend parfois à de nouvelles lignes ou de nouveaux horaires.
Certaines habitudes rassurantes jouent un rôle proche : rester collé à la porte, ne voyager qu’accompagné, vérifier sans cesse la prochaine station. Elles aident à tenir, et il n’est pas question de les supprimer d’un coup. Il est utile, en revanche, de les repérer, car à la longue elles laissent croire que l’on ne peut pas faire le trajet sans elles.
Avancer par étapes
Commencez par une étape que vous jugez difficile mais possible. Pour une personne, ce sera aller sur le quai et regarder passer quelques rames. Pour une autre, faire une station à une heure creuse. Quand cette étape devient plus familière, la suivante peut être un peu plus longue ou se faire à une heure plus fréquentée.
Répéter la même étape plusieurs fois compte davantage qu’un grand effort isolé. Notez ce qui s’est réellement passé : le niveau d’anxiété, sa durée, ce que vous avez pu faire malgré elle.
Pendant le trajet
Si l’angoisse monte, ralentissez votre respiration et portez votre attention sur ce qui vous entoure : les couleurs, les bruits, les appuis de vos pieds au sol. Écouter de la musique ou lire peut aider au début. Au fil des trajets, il devient intéressant d’essayer de rester présent sans ces appuis, quand vous vous en sentez capable.
Descendre plus tôt que prévu n’annule pas le travail fait. C’est une information utile pour ajuster l’étape suivante.
Se faire accompagner
Lorsque la peur limite fortement vos déplacements, votre travail ou votre vie sociale, une psychothérapie peut aider à construire une progression adaptée. Les thérapies cognitives et comportementales utilisent l’exposition progressive, préparée avec le thérapeute et toujours choisie par la personne.
Si des malaises surviennent pendant les trajets sans explication, un avis médical permet aussi de vérifier qu’aucune autre cause ne doit être prise en compte.
Pour approfondir
Agoraphobie : Comprendre la peur de sortir et retrouver progressivement sa liberté
Voyager avec une agoraphobie : préparer un séjour à sa mesure
Sources et repères
NHS — Agoraphobia : traitement et accompagnement
NHS — Facing your fears : principes de l’exposition progressive



