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La phobie scolaire

Si le phénomène des enfants réfractaires à l’école n’a rien de nouveau, la réticence chez certains d’entre eux s’explique par une angoisse réelle qu’ils ressentent à la seule idée de se rendre à l’école, ou de faire face à leurs professeurs et camarades. Ce phénomène est appelé « phobie scolaire » et se retrouve de plus en plus chez les jeunes. Voyons ce en quoi consiste cette phobie, et les moyens qui existent pour lutter contre la peur de l’école.

La phobie scolaire, qu’est-ce que c’est ?

Selon la Classification Française des Troubles Mentaux de l’Enfant et de l’Adolescent R-2012, il s’agit d’une « manifestation d’angoisse majeure avec souvent un phénomène de panique liée à la fréquentation scolaire et interdisant sa poursuite sous les formes habituelles ». La phobie scolaire se manifeste donc chez les enfants et les adolescents par une angoisse que le seul fait de se rendre à l’école déclenche : douleurs au ventre, maux de tête, nausées, sentiments de détresse, de peur, voire, crises d’angoisses. Les symptômes sont handicapants, empêchant ainsi les jeunes qui en souffrent de se rendre en cours en toute tranquillité, et, surtout de suivre un parcours scolaire classique. Plus qu’un simple refus d’aller à l’école, cette angoisse est donc un handicap. Les jeunes atteints peuvent avoir la volonté d’apprendre, et d’aller à l’école, mais n’y parviennent pas, paralysés par une appréhension et des angoisses sur lesquelles ils n’ont pas de prise.

Même s’il est difficile d’établir des statistiques, on estime généralement que 1 à 5 % des 12-19 ans sont concernés par la phobie scolaire. Il n’y a pas de profil type pour les personnes atteintes : cette angoisse touche aussi bien les bons élèves que les moins bons, autant les enfants qui ont de la popularité, que ceux ayant des difficultés à se faire des amis.

Quels sont les symptômes de la phobie scolaire ?

Les symptômes de phobie scolaire se manifestent en période de fréquentation scolaire, et disparaissent le week-end, ou durant les vacances. L’angoisse peut se manifester au niveau physique (douleurs abdominales, nausées voire vomissements, migraines, fréquence cardiaque élevée, sueurs froides), mais aussi au niveau psychologique, avec des manifestations telles que des crises d’angoisse, des attaques de panique, ou encore des crises de larmes lorsqu’il s’agit de se rendre à l’école. Elle peut aussi se traduire par des paroles extrêmes voire violentes : l’enfant ou l’adolescent supplie ses parents de le laisser rester à la maison, menace de fuguer, de se suicider si on le force à aller à l’école. Le signe indicateur de cette phobie peut être mis en évidence en identifiant les causes du malaise dans le contexte scolaire : un professeur qui ne l’aime pas, des camarades qui le harcèlent… Parfois, d’autres symptômes chez les enfants et les adolescents sont également des signes indicateurs de phobie scolaire : anorexie, troubles du sommeil, refus de se lever, isolement.

Mais le plus manifeste de ces signes reste bien sûr le taux d’absentéisme ou de retards ; l’adolescent en effet peut avoir mis en place des stratégies d’évitement (sécher les cours, passer sa journée en permanence ou à l’infirmerie pour éviter d’entrer en classe, voire faire l’école buissonnière). Les retards et absences peuvent donner lieu ensuite à une incapacité totale de se rendre en cours : il refuse alors de quitter son domicile, tout en perdant goût à la vie, même à l’extérieur de l’école (loisirs, activités sportives ou sociales).

Quelles en sont les causes ?

Comme toute phobie, les causes peuvent être liées à l’individu et à sa personnalité, mais aussi à son environnement.

Les causes individuelles sont en général indépendantes de l’école : l’enfant ou adolescent peut être sujet à une anxiété de séparation, la peur de l’échec ou du jugement des autres, ou alors il peut être atteint d’une forme de phobie sociale. L’angoisse éventuellement se développe aussi de façon inconsciente, comme une manière d’attirer l’attention des parents lors d’un divorce par exemple.

Quant aux causes environnementales, il peut s’agir de situations de harcèlement ou de cyber-harcèlement, d’échec scolaire (lié à de la dyslexie, une difficulté à suivre le rythme ou des troubles de la concentration par exemple), des difficultés à s’adapter, à se faire des amis… La phobie scolaire est souvent liée à un stress post-traumatique (humiliation de la part de ses camarades, rejet, menaces ou agressions…).

Quelles en sont les conséquences ?

Les conséquences à court terme pour l’enfant ou l’adolescent sont une souffrance d’ordre physique et psychologique, doublée d’un sentiment d’être incompris. Pour l’entourage, la phobie se traduit par un éloignement, et à l’échelle des plus proches, elle perturbe l’équilibre familial. Les parents tentent toutes les approches possibles, de la douceur aux menaces pour que l’enfant retourne en cours, ce qui finit par créer de la distance entre eux. À long terme, les conséquences sont délétères pour l’enfant : isolement, déscolarisation ou échec scolaire, dépression, impact sur l’avenir professionnel… La phobie scolaire d’un enfant a également un impact sur les parents, qui peuvent en venir à se mettre en arrêt d’activité professionnelle, ou subir un burn-out, suite à l’accumulation des problèmes tant sur le plan personnel que professionnel…

Comment traiter la phobie scolaire ?

Il faut avant toute chose en parler, amener l’enfant ou l’adolescent progressivement à trouver un moment qui lui convient, afin de s’ouvrir à ses parents ou à d’autres personnes de confiance comme ses amis, ses professeurs, l’infirmière de l’école ou son médecin traitant. Il serait dangereux de le laisser garder ses angoisses pour lui-même, qu’il s’isole, ou nie le problème en tentant de l’éviter.

Le psychanalyste peut aider à retrouver une scolarité adaptée, en s’appuyant sur les différents réseaux de soutien (famille, institution scolaire…) afin d’accompagner au mieux le jeune en souffrance.

Il est important que les parents ne déscolarisent pas leur enfant, en lui substituant des cours par correspondance par exemple. Plus l’absentéisme sera long, plus il sera difficile de retrouver une scolarité classique. En évitant de se confronter aux difficultés, cette alternative pose un pansement sur le problème, mais ne contribue pas à le résoudre.

Rodolphe Oppenheimer

Rodolphe Oppenheimer, Psychothérapeute Psychanalyste à Paris

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